H comme Histoire


Considérant les entreprises, associations et autres organisations qu’iels dirigent, les « patron·nes » aiment y voir une sorte d’analogie de leur structure sociale privilégiée, celle par laquelle tout commence : la famille. La famille bourgeoise, faut-il le préciser : un papa, une maman, des enfants. Une famille bien ordonnée où le pater familias, aimant mais sévère, juste mais ferme, incarne l’autorité bienveillante qui s’impose à toutes et tous, femme comme enfants.

Partout donc, patrons et patronnes se prennent pour des « pères » – jusqu’au ridicule de se croire « père de la nation ». Dès lors, quand l’agitation survient dans la « famille », ceux-ci se doivent de réagir et l’on connait bien les modalités de cette réaction. Tout collectif en lutte en a déjà fait l’expérience : les « pères » s’adressent à lui comme à des enfants récalcitrants.

Toujours modernes, nos patron·nes incarnent des « pères » du XXIème siècle. Avant de sortir la schlag, ils se montrent d’abord compréhensifs – bien sûr, la schlag finira par venir. Les voilà donc à l’écoute. Ils vous reçoivent et vous laissent parler, soucieux que chacun dans la « famille » puissent exprimer ses frustrations, manifester ses désirs. Malheureusement, c’est presque à contre-cœur qu’après vous avoir entendu, le « père » va devoir vous ramener à la réalité. Vos rêves d’adolescents le touchent, ils lui rappellent sa jeunesse révolutionnaire ; lui aussi, à 20 ans, espérait le « Grand Soir ». Mais au bout d’un moment, il s’agirait de grandir.

Alors, il va vous conter quelque chose – les patron·nes adorent compter :

« Il était une fois deux entreprises dans lesquelles des salarié·es, fougeu·ses et pétillant·es comme vous, demandèrent une augmentation de salaire. Sensibles au sort de ses salarié·es, les patron·nes cherchèrent à apporter satisfaction à ces demandes légitimes par des moyens différents.

Dans le premier cas, les responsables furent bien obligés de se rendre à l’évidence : malgré toute leur bonne foi et leur bonne volonté, il n’était pas possibled’augmenter les salaires. Ils en eurent bien sûr le cœur brisé mais c’était là le choix le plus raisonnable. Vous comprenez, nous les « pères », nous devons voir plus loin, plus grand, penser à tous les autres, à ceux qui se taisent, à la majorité silencieuse. Bien sûr c’est difficile, mais c’est aussi pour votre bien, pour le bien de la « famille ».

Car, que s’est-il passé dans l’autre entreprise ? Les « pères », sûrement trop mièvres, trop sensibles, n’auront pas su dire « non » aux demandes de leurs enfants. Les salaires furent augmentés et, d’abord, tous communièrent dans la joie et l’allégresse ! Malheureusement, cette joie ne dura qu’un temps… Car, que n’avaient-ils pas fait ? Sitôt l’euphorie retombée, les « pères » durent se rendre à l’évidence : l’argent commençait à manquer ! Et voilà qu’ayant voulu faire le bonheur de leurs enfants, ils les conduisirent tous au désespoir. Les comptes virèrent au rouge et l’entreprise ferma boutique. » 

Vous connaissez cette histoire ? Ça fait au moins 150 ans qu’elle est numéro 1 du box-office patronal. Et comme toutes les belles histoires que nos parents nous contaient jadis au chevet de notre lit, elle n’a qu’une fonction : nous endormir.

Rédigé par François H.

Avec le retour avisé des camarades.

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