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	<title>Archives des Abécédaire des luttes - Crac</title>
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		<title>O comme Otages (prise d&#8217;)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[poumcrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Mar 2025 16:00:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Abécédaire des luttes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On regretterait presque d’avoir à en faire le commentaire, mais l’expression surgit à chaque occasion avec tellement de spontanéité, gonflée par l’arrogance de l’évidence, qu’il nous faut bien en dire quelque chose. Tout récemment encore, nous l’avons entendu de la bouche d’un collègue. Alors que des agents de la fonction publique se mettent en grève [&#8230;]</p>
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<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">On regretterait presque d’avoir à en faire le commentaire, mais l’expression surgit à chaque occasion avec tellement de spontanéité, gonflée par l’arrogance de l’évidence, qu’il nous faut bien en dire quelque chose. Tout récemment encore, nous l’avons entendu de la bouche d’un collègue. Alors que des agents de la fonction publique se mettent en grève pour défendre leurs droits (qu’en toute occasion l’État du capital s’en va réduire), ledit collègue, contraint d’amener au travail ses enfants que l’école fermée ce jour ne gardera pas, s’agace&nbsp;: «&nbsp;<em>c’est une prise d’otages</em>&nbsp;», qu’il dit. Et il le redit. En cinq minutes de conversation à la pause-café, il l’aura bien dit quatre fois. Visiblement, <em>il y tient.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Comment ça une «&nbsp;<em>prise d’otages</em>&nbsp;»&nbsp;? Le collègue ne le précisera pas. Tout ça va sans dire – et sans penser. Ce collègue parle mais il ne sait pas ce qu’il dit. <em>Ça </em>parle en lui.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, qu’est-ce <em>ça </em>dit&nbsp;?</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Une première lecture nous dirait qu’en comparant les grévistes à des preneurs d’otages et, inversement, les usagers lésés des services publics à de malheureux otages, notre collègue jette à peu de frais l’opprobre sur la lutte en cours. Faisant d’une pierre deux coups, il décrédibilise l’adversaire en fustigeant les moyens qu’il se donne (qui pourrait souscrire à une prise d’otages&nbsp;?), tout en s’octroyant le luxe de se placer comme victime innocente. Poussant l’indécence jusqu’au vice, il ira jusqu’à dire que sur le fond, il partage le combat des grévistes – «&nbsp;mais pas comme ça, pas la grève&nbsp;».&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Si nous en restions là, nous n’aurions pas grand-chose à dire, sinon de souligner précisément l’indécence de la formule qui compare les désagréments petits-bourgeois de ce père de famille contraint de garder ses enfants à l’angoisse insupportable de véritables otages – pistolet sur la tempe, risque de mort, etc. En particulier dans le contexte qui est le nôtre où pas si loin au Proche-Orient, d’aucun·e vivent dans leur chair ce que signifie véritablement « prise d’otages ». Et chacun·e de se repasser cet extrait dans lequel un éditorialiste, tout à son langage inconséquent, compare à son tour la grève SNCF du jour à une prise d’otages avant que le syndicaliste en face de lui lui fasse remarquer que, lui, « prise d’otages » il connait – il était au Bataclan<sup><a href="#Notes">1</a></sup>.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Malaise.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Reste qu’ici, la ficèle paraît trop grosse, le stratagème de décrédibilisation de l’adversaire trop évident. On croirait un élément de langage élaboré consciemment dans un cabinet de consulting, lundi matin 10h15, viennoiserie et corbeille de fruits, jean, t-shirt blanc, Stan Smith. Or, si <em>ça </em>parle, <em>ça </em>doit venir de plus loin – et s’étayer d’un affect plus profond.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Poursuivant l’analyse, on notera que l’expression est construite sur une curieuse inversion et qu’une fois encore, les dominants nous proposent des constructions tout à l’envers – ils marchent sur la tête. Peut-être le moment est-il venu de préciser que notre collègue, qui n’a que les prises d’otages à la bouche, n’est pas n’importe quel collègue&nbsp;: il est directeur. C’est donc de cette place qu’il parle – ou que <em>ça </em>parle.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Manifestement de là-haut il voit flou&nbsp;; aussi nous permettons-nous de remettre les choses à l’endroit. On rappellera que les «&nbsp;preneurs d’otages&nbsp;» du jour n’ont pour vivre que leur force de travail, qu’ils et elles sont contraints de vendre à celles et ceux qui n’attendent que de pouvoir en disposer à leurs conditions et à leur prix. Ce sont bien les capitalistes (et autres directeur·rices qui en sont les supplétifs) qui, quotidiennement, disposent d’un pouvoir de vie et de mort sur le plus grand nombre en leur imposant les conditions auxquelles il doit se soumettre pour acquérir le nécessaire à sa survie – pas d’emploi, pas d’argent&nbsp;; et sans argent, c’est la mort sociale, sinon la mort tout court. Remis à l’endroit, les prétendus «&nbsp;preneurs d’otages&nbsp;» ne sont plus ceux que l’on croit.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">A bon droit, ce processus intrapsychique par lequel notre collègue-directeur perçoit les rapports sociaux à l’inverse de ce qu’ils sont réellement, faisant des dominants des dominés et inversement, nous le nommerons <em>projection</em>. Le voilà qu’il projette au dehors ce qu’il ne veut pas voir au-dedans. Dans cette fable sens dessus-dessous, ce sont les pauvres qui haïssent les riches, ou qui les volent par leur fiscalité confiscatoire, tout comme les minorités imposent leur dictature à la majorité.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Reste alors à mettre en évidence les raisons pour lesquelles cette <em>projection</em> a lieu. Il s’agit de montrer pourquoi les dominants se refusent à supporter, même inconsciemment, la représentation d’après laquelle ce sont eux qui jouissent d’un droit de vie ou de mort sur le plus grand nombre, jusqu’à la projeter au dehors. On peinera à soutenir ici que ce serait sous l’impulsion d’une <em>mauvaise conscience </em>qu’aurait lieu pareil processus – non pas que la mauvaise conscience soit absente de la bourgeoisie, mais il nous apparaît plutôt que dans l’étiologie subtile des névroses propres à cette classe, cette dernière, lorsqu’elle domine le tableau clinique, fabrique des sujets révolutionnaires plus que des gardiens de l’ordre. C’est donc ailleurs qu’il nous faut chercher.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Peut-être faut-il repartir de notre point de départ. Finalement, la représentation inversée consécutive à la projection de laquelle nous sommes partis, celle qui faisait des membres des classes laborieuses en lutte les preneurs d’otages d’une bourgeoisie innocente, donne à voir la réalité crue de ce qui se trame dans l’inconscient bourgeois. Cette mise en scène, avec la répartition des rôles qui l’accompagne, est un <em>fantasme </em>; un fantasme qui, comme toujours, s’élabore dans les suites d’une expérience traumatique. En chaque bourgeois demeure le souvenir toujours vif des journées du 31 mai au 2 juin 1793, lorsque les sans-culottes en armes pointèrent sur la Convention Nationale leurs canons, avant d’en épurer l’institution de vingt-deux de ses membres Girondins ; ou encore celle du 20 mai 1795, lorsque les habitants des faubourgs parisiens entrèrent à nouveau dans la Convention Nationale pour y présenter la tête du député Féraud, comme qui dirait « raccourci » pour s’être opposé aux revendications populaires. Ils se rappellent de ces jours où ils furent bel et bien pris en otage. Depuis lors, chaque mouvement de masse, chaque patron séquestré dans son bureau, chaque chemise de DRH arrachée convoque en eux la peur viscérale qui accompagnait les premières années de leur règne. Il se pourrait qu’à nouveau les masses laborieuses se soulèvent et que dans l’élan de leur fureur, ils ne leur viennent à l’idée de s’en prendre à celles et ceux qui chaque jour les oppriment.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nos malheureux bourgeois sont des hystériques, <em>ils souffrent de réminiscences.</em></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Rédigé par François H.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Avec le retour avisé des camarades.</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<h4 class="wp-block-heading" id="Notes">Notes</h4>



<ol class="wp-block-list">
<li><a href="https://www.tf1info.fr/culture/video-il-compare-greve-de-la-sncf-et-prise-d-otages-le-syndicaliste-repond-moi-j-etais-au-bataclan-2080109.html">https://www.tf1info.fr/culture/video-il-compare-greve-de-la-sncf-et-prise-d-otages-le-syndicaliste-repond-moi-j-etais-au-bataclan-2080109.html</a></li>
</ol>
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			</item>
		<item>
		<title>U comme Usine à gaz</title>
		<link>https://paul.leorabouam.com/2024/11/20/u-comme-usine-a-gaz/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[poumcrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Nov 2024 11:10:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Abécédaire des luttes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’expression « usine à gaz » décrit un processus dont le déroulé est jugé trop complexe au regard de sa finalité. On peut déjà se demander qui juge trop complexe le déroulé (spoiler : les patrons). Autrement dit, c’est une démarche qui semble laborieuse voire absconse, et dont la finalité ne légitimerait pas que l’on [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">L’expression « usine à gaz » décrit un processus dont le déroulé est jugé <em>trop complexe</em> au regard de sa finalité. On peut déjà se demander <em>qui </em>juge <em>trop complexe</em> le déroulé (spoiler : les patrons). Autrement dit, c’est une démarche qui semble laborieuse voire absconse, et dont la finalité ne légitimerait pas que l’on s’y attarde trop. Exemples : le fonctionnement des impôts, la nomination d’un premier ministre suite à une dissolution ou encore le système de comptage de points au basket (ça, c’est peut-être juste moi).</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">L’expression a cette qualité qu’elle fait généralement consensus ; tout le monde (ou presque) s’accorde à dire que le système de calcul des impôts est un casse-tête repoussant. Personne n’a envie de mettre le nez dedans tellement <em>ça semble être</em> le bazar. On s’accorde donc tous ensemble joyeusement sur le fait qu’il faudrait simplifier ça. C’est presque (presque hein) à se demander comment des gens aussi cons ont pu créer quelque chose d’aussi imbitable !&#8230; Sauf qu’à y regarder de plus près, le système des impôts et ses calculs complexes reposent sur une certaine idée de justice sociale. Certains ont donc davantage <em>intérêt</em> à disqualifier ce système de calcul : celles et ceux à qui ces calculs ne <em>profitent </em>pas suffisamment.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">L’usine à gaz serait comme un référentiel commun à tous les « citoyens » (faisant fi des positions distinctes dans le système de production capitaliste), pour glousser et se taper sur l’épaule en constatant que <em>vraiment</em> des gens se prennent la tête pour <em>rien</em>, et que c’en est presque <em>ridicule</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Piège !</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Certains étant à la manœuvre dans le fonctionnement de cette usine à gaz, les critiques qu’on lui adresse n’auront pas le même sens selon d’où l’on parle. Cette idée de consensus est donc fallacieuse et trompeuse. En effet selon qui prononce cette expression d’ « usine à gaz » (en l’occurrence cet article s’intéresse exclusivement aux situations où c’est un patron qui l’emploie) elle peut avoir différents usages servant à discréditer la position des salariés :</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">=&gt; Ici, lors de NAO (Négociations Annuelles Obligatoires) au sein d’une association c’est l’employeur qui utilisera l’expression pour décrire le système d’attribution de points du poste occupé par un salarié. Points avec lesquels sont calculés le salaire. Ce système d’attribution serait donc une « <em>usine à gaz</em> », et y toucher serait quasi-impossible ou du moins <em>trop compliqué</em>. Dans le langage patronal <em>trop</em> <em>compliqué</em> signifie toujours <em>trop</em> <em>coûteux</em>. Ça peut aussi vouloir dire trop <em>long</em>, trop <em>ambitieux en termes de moyens humains</em>, ce qui revient évidemment strictement au même, c’est trop <em>cher</em>. Conclusion des NAO : une refonte ou une modification de ce système d’attribution ne se fera pas, vous (la délégation syndicale et les salariés) n’obtiendrez rien.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">=&gt; Là, lors d’une réunion d’équipe au sein d’une autre association, l’employeur l’utilise pour décrire les fonctionnalités d’un outil de prise de rendez-vous dont les salariés ont un usage quotidien et sans lequel il serait impossible de travailler. Les salariés réunis autour d’un vécu commun, quand bien même celui-ci pourrait paraître dérisoire (la prise de rendez-vous n’étant pas le cœur de leur travail), sont donc sommés d’abréger la discussion. Il faut noter à quel point cette situation de partage, même s’il s’agit de galères, peut-être même <em>surtout</em> lorsqu’il s’agit de galères, crée du commun et consolide les liens ; a fortiori quand ces galères ne sont pas entendues ni reconnues comme telles par l’employeur. Même dénigrement, mais autre visée. L’enjeu reste certes, d’empêcher les salariés d’obtenir de meilleures conditions de travail, mais l’urgence du moment sera d’interrompre ce <em>grouillement</em> de discussions entre salarié(e)s. En effet ce fourmillement de petits échanges échappe à l’employeur et le met à l’écart de certaines réalités de travail. Le nombre lui apparaît soudain, c’en est trop. On peut imaginer la peur viscérale du patron dans cette scène : lorsque les salariés mettent les mains dans le cambouis de l’usine ils risqueraient d’en prendre le contrôle et déposséder ainsi le patron. Pour désamorcer la situation, il va donc disqualifier l’opération (<em>« c’est une usine à gaz tout ça ! »</em>) ou bien nous raconter une <a href="https://cracwork.wordpress.com/2024/03/12/h-comme-histoire/">histoire</a> pour tenter de nous ramener à la raison.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Cette supercherie de la disqualification des luttes salariales en « usines à gaz » permet au patron d’éviter d’assumer une position claire dictée par sa quête de pouvoir et/ou ses intérêts financiers. La <a href="https://cracwork.wordpress.com/2024/05/14/c-comme-conflit/">conflictualisation</a> au sein des institutions est donc mise à mal, au profit d’un discrédit. Améliorer les conditions de travail, les salaires, ou plus modestement leur <em>lisibilité</em>, voilà qui apparaît pour le patronat comme une montagne, ou non ! plus menaçant encore car moins prévisible : une usine à gaz.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car le risque est bien là que l’usine leur pète à la gueule.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Rédigé par G.D.F.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Avec le regard aiguisé des camarades du CRAC.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>T comme Temps</title>
		<link>https://paul.leorabouam.com/2024/07/16/t-comme-temps/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[poumcrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jul 2024 07:54:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Abécédaire des luttes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il n’est pas de luxe comparable à celui d’avoir le temps ou, à défaut, de pouvoir le prendre. Les journées passant, le constat est sans appel : que ne pourrait-on faire avec un peu plus de temps devant soi ? Et ce temps-là, où est-il ? Le ou la psychologue qui travaille en institution expérimente, [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Il n’est pas de luxe comparable à celui d’avoir le temps ou, à défaut, de pouvoir le prendre. Les journées passant, le constat est sans appel : que ne pourrait-on faire avec un peu plus de temps devant soi ? Et ce temps-là, où est-il ?</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Le ou la psychologue qui travaille en institution expérimente, bien souvent, ce défaut de temps, de plages horaires qu’il ou elle peut arpenter sans courir. Pourtant cela a été pensé, pour le/la psychologue à l’hôpital, comme faisant partie inhérente du métier, sous la forme du temps FIR (formation, information, recherche : le rêve – reste qu’à l’heure actuelle, ce temps est de moins en moins accordé, ou davantage restreint et contrôlé par l’institution).</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Pour le reste, au sein de l’institution non-hospitalière, le temps doit se prendre, voire se voler. De temps à autre, il faut être prêt⸱e, au choix à mordre, ou bien à louvoyer : maintenir coute que coute des réunions d’échanges de pratiques entre psychologues,&nbsp; glisser un rendez-vous entre deux rendez-vous, voir un ou une patiente bien plus que le raisonnement de l’institution ne le voudrait, proposer aux personnes suivies de nous écrire entre les séances si celles-ci sont trop éloignées l’une de l’autre…</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Pourquoi cette envie de luxe chez les psychologues ? Qu’est-ce qui peut bien, à la fin, leur demander <em>autant</em> de temps ? Hé bien, déjà, le temps de recevoir et non pas simplement de « voir », quand bien même c’est la consigne dans certaines structures : voir le plus de monde possible. Ainsi, comme c’est le cas sur Doctolib, chacun et chacune sera notée « Vu » &#8211; et non pas rencontré, accueilli, ou reçu, donc.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Quel malheur alors qu’en peu de temps on ne voie rien, ou si peu. On entrevoit une gestuelle, un regard, on entend une parole, qu’il il faut pouvoir observer, écouter : ce geste, ce regard, cette parole, que semblent-ils dire ? Vont-ils être répétés, refaits, auquel cas il faudra le temps de la répétition, ou ne sont-ils là « que » pour masquer autre chose ? Le cas échéant, quoi donc ? Un naufrage interne, des bizarreries, des fantasmes, des désirs… on peut au moins vouloir le penser.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Dans un de ses articles, Winnicott met en garde : face au/à la patient⸱e, il faut se garder d’être « trop fin », ce qui pourrait mettre en danger l’alliance thérapeutique, et placer le praticien au dessus de la personne qui est là, dans une sorte de « moi je sais, donc je vais te dire, histoire qu’on avance plus vite ».</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Il faut donc le temps d’être bête et un peu pataud – pour que ce soit un peu plus élégant, disons le temps de <em>laisser venir.</em> Hélas, curieusement, rien de tout ça- aussi joliment pourrait-on le formuler &#8211; n’est très recevable par la hiérarchie, davantage préoccupée à scruter les agendas Doctolib des équipes : messieurs dames, pas trop de rendez-vous de suivi dans la semaine, du monde attend d’être vu. Bientôt peut-être, un badge sera remis à la sortie de chaque premier entretien, afin que chacun⸱e puisse arborer ce mot sur sa poitrine, « vu », à la manière des messages que l’on ouvre sans y répondre.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Avant d’en arriver là, prenons sans relâche ce temps. N’allons pas droit au but, soyons lents à la détente, et chaque chose en temps voulu/volé.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Rédigé par Lise A.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Avec le regard aiguisé des camarades du CRAC.</p>
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		<item>
		<title>C comme Conflit</title>
		<link>https://paul.leorabouam.com/2024/05/14/c-comme-conflit/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[poumcrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 May 2024 12:01:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Abécédaire des luttes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Occuper une position de direction rend bourgeois. Ce qui ne signifie pas qu’elle rend riche : on peut être chef·fe et gagner fort mal sa vie. Plus exactement, accéder à une telle position pousse à adopter un habitus bourgeois. Et en particulier l’un de ses traits les plus saillants : la confusion de l’intérêt propre [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Occuper une position de direction rend bourgeois. Ce qui ne signifie pas qu’elle rend riche : on peut être chef·fe et gagner fort mal sa vie. Plus exactement, accéder à une telle position pousse à adopter un habitus bourgeois. Et en particulier l’un de ses traits les plus saillants : la confusion de l’intérêt propre avec celui du collectif. Les chef·fes croient savoir ce qui est bon pour toustes &#8211; qui pourrait vouloir s’opposer à ce qui est bon ?</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Une hypothèse : occuper une telle position pourrait modifier jusqu’aux circuits de jouissance d’un sujet, qui trouverait dans la position nouvelle qu’occupe son corps, de nouvelles voies comptables, gestionnaires, disciplinaires&#8230; pour s’assouvir. Il y a des jouissances spécifiques de patron·ne, comme il y a des jouissances de flic (pas réservées d’ailleurs à ceux qui en portent l’insigne). Si celles des seconds peuvent s’étaler au grand jour, éclater aux yeux de tous, celles des premiers doivent demeurer partiellement masquées. Condition sine qua non de leur perpétuation.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Il est aisé de le constater, les chef·fes n’aiment pas le conflit. Si l’une de leur décision vient à susciter un désaccord, l’on ne manquera jamais d’apercevoir au fond de leurs beaux yeux conquérants un petit quelque chose d’inquiet. L’amorce d’un doute. Un vacillement. Mais que se passe-t-il alors ?&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Pour celleux qui se trouvent en position de diriger, accepter qu’il puisse y avoir du conflit c’est permettre l’ouverture d’une brèche, d’un espace proprement politique où pourraient advenir des questionnements, des débats, voire horreur !, des revendications. Si l’on n’y prenait garde, cette brèche risquerait, à un niveau plus intime, de rendre visibles les circuits de jouissance cachés, ceux qu’il s’agit de ne révéler sous aucun prétexte. De tout cela, il n’est évidemment pas question. Iels mettront donc tout en œuvre pour ne pas appeler un chat un chat, c’est-à-dire reconnaître le conflit pour ce qu’il est : un désaccord particulier traduisant une opposition plus profonde entre des <a href="https://cracwork.wordpress.com/2024/02/21/b-comme-bateau/">intérêts/désirs divergents</a>. </p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">D’où une fâcheuse propension (sociale, positionnelle, de classe &#8211; pas d’essentialisation ici) à nier le conflit, alors même qu’il est devant leur nez. Cette scotomisation opère le plus souvent jusqu’à ce qu’elle ne soit plus tenable. Alors le conflit sera reconnu… pour ce qu’il n’est pas : attaque personnelle (“<em>c’est à moi/nous que tu en veux</em>”), tentative de s’accaparer l’autorité (champ lexical de la prise de pouvoir violente : “<em>coup d’Etat</em>”, “<em>putsch</em>”, etc.), voire pure volonté de chaos et de destruction (qui sont, comme chacun sait, la visée première de nos luttes…).&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">De cette fausse reconnaissance naîtra &#8211; mais croyez bien qu’iels n’y prennent aucun plaisir ! &#8211; des conduites de rétablissement de l’ordre. L’on verra ainsi le/la chef·fe se présenter comme garant de l’intérêt collectif, grand rassembleur du troupeau égaré, promoteur de la concorde à retrouver au plus vite. Les éléments récalcitrants quant à eux, seront priés d’en rabattre &#8211; sous peine d’être honnis. Mais tout cela, attention, ce n’est pas du conflit, ça n’a rien à voir : c’est ce qu’il convient de faire <em>pour le bien commun</em>.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">On retrouve cet apparent paradoxe, vieux comme la lutte des classes : celui qui nie le conflit avec la dernière énergie… est précisément celui qui se bat avec la plus grande férocité.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Rédigé par Paul R.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Nourri des échanges avec Julia B., François H., Laura M., Claudia K…</p>
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		<title>H comme Histoire</title>
		<link>https://paul.leorabouam.com/2024/03/12/h-comme-histoire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[poumcrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Mar 2024 15:54:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Abécédaire des luttes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Considérant les entreprises, associations et autres organisations qu’iels dirigent, les « patron·nes » aiment y voir une sorte d’analogie de leur structure sociale privilégiée, celle par laquelle tout commence : la famille. La famille bourgeoise, faut-il le préciser : un papa, une maman, des enfants. Une famille bien ordonnée où le pater familias, aimant mais [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Considérant les entreprises, associations et autres organisations qu’iels dirigent, les « patron·nes » aiment y voir une sorte d’analogie de leur structure sociale privilégiée, celle par laquelle tout commence : la famille. La famille <em>bourgeoise</em>, faut-il le préciser : un papa, une maman, des enfants. Une famille bien ordonnée où le <em>pater familias</em>, aimant mais sévère, juste mais ferme, incarne l’autorité bienveillante qui s’impose à toutes et tous, femme comme enfants.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Partout donc, patrons et patronnes se prennent pour des « pères » – jusqu’au ridicule de se croire « père de la nation ». Dès lors, quand l’agitation survient dans la « famille », ceux-ci se doivent de réagir et l’on connait bien les modalités de cette réaction. Tout collectif en lutte en a déjà fait l’expérience : les « pères » s’adressent à lui <em>comme à des enfants récalcitrants</em>.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Toujours modernes, nos patron·nes incarnent des « pères » du XXIème siècle. Avant de sortir la schlag, ils se montrent d’abord compréhensifs – bien sûr, la schlag finira par venir. Les voilà donc à l’écoute. Ils vous reçoivent et vous laissent parler, soucieux que chacun dans la « famille » puissent exprimer ses frustrations, manifester ses désirs. Malheureusement, c’est presque à contre-cœur qu’après vous avoir entendu, le « père » va devoir vous ramener à la <em>réalité</em>. Vos rêves d’adolescents le touchent, ils lui rappellent sa jeunesse révolutionnaire ; lui aussi, à 20 ans, espérait le « Grand Soir ». Mais au bout d’un moment, il s’agirait de grandir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors, il va vous conter quelque chose – les patron·nes adorent compter :</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph" style="padding-left:70px">« Il était une fois deux entreprises dans lesquelles des salarié·es, fougeu·ses et pétillant·es comme vous, demandèrent une augmentation de salaire. Sensibles au sort de <em>ses </em>salarié·es, les patron·nes cherchèrent à apporter satisfaction à ces demandes <em>légitimes</em> par des moyens différents.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph" style="padding-left:70px">Dans le premier cas, les <em>responsables </em>furent bien obligés de se rendre à l’évidence : malgré toute leur <em>bonne foi</em> et leur <em>bonne volonté, </em>il n’était pas possible<em> </em>d’augmenter les salaires. Ils en eurent bien sûr le cœur brisé mais c’était là le choix le plus <em>raisonnable. </em>Vous comprenez, nous les « pères », nous devons voir plus loin, plus grand, penser à <em>tous les autres, </em>à ceux qui se taisent, à la <em>majorité silencieuse. </em>Bien sûr c’est difficile, mais c’est aussi <em>pour votre bien</em>, pour le bien de la « famille ».</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph" style="padding-left:70px">Car, que s’est-il passé dans l’autre entreprise ? Les « pères », sûrement trop mièvres, trop sensibles, n’auront pas su dire « non » aux demandes de leurs enfants. Les salaires furent augmentés et, d’abord, tous communièrent dans la joie et l’allégresse ! Malheureusement, cette joie ne dura qu’un temps… Car, que n’avaient-ils pas fait ? Sitôt l’euphorie retombée, les « pères » durent se rendre à l’évidence : l’argent commençait à manquer ! Et voilà qu’ayant voulu faire le bonheur de leurs enfants, ils les conduisirent tous au désespoir. Les comptes virèrent au rouge et l’entreprise ferma boutique. »&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Vous connaissez cette histoire ? Ça fait au moins 150 ans qu’elle est numéro 1 du box-office patronal. Et comme toutes les belles histoires que nos parents nous contaient jadis au chevet de notre lit, elle n’a qu’une fonction : nous endormir.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Rédigé par François H. </p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Avec le retour avisé des camarades.</p>
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		<title>B comme Bateau</title>
		<link>https://paul.leorabouam.com/2024/02/21/b-comme-bateau/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[poumcrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Feb 2024 12:33:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Abécédaire des luttes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui s’est déjà embarqué dans la galère d’une revendication collective au sein d’une institution, sait qu’il faudra franchir ce terrible cap, lorsque les échanges se font houleux : “On est tous dans le même bateau !”.&#160; Il s’agit ici d’annuler l’effet de la revendication &#8211; qui constitue le groupe politique par une prise de parole [&#8230;]</p>
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<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Qui s’est déjà embarqué dans la galère d’une revendication collective au sein d’une institution, sait qu’il faudra franchir ce terrible cap, lorsque les échanges se font houleux : “<em>On est tous dans le même bateau !</em>”.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Il s’agit ici d’annuler l’effet de la revendication &#8211; qui constitue le groupe politique par une prise de parole où on ne l’attendait pas. De ressaisir ce sous-ensemble qui tentait de se singulariser pour le ravaler dans le grand ensemble informe (“<em>la boîte</em>”, “<em>l’équipe</em>”, “<em>l’association</em>”&#8230;).&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">D’éteindre par un vœu pieux (“<em>tous ensemble</em>”) la conflictualité naissante.&nbsp;&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">De signifier que tout bien considéré, les intérêts de la direction et des autres salarié·e·s ne sont pas si divergents, qu’on gagnerait à ne pas se tirer dans les pattes, voire à se serrer les coudes. Ce qui est vrai, et pas vrai à la fois.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Vrai parce que nous avons effectivement toustes intérêt à ce que l’institution commune fonctionne au mieux. Nous vivons toustes, matériellement, de son bon fonctionnement : salariés et membres de la direction touchent un salaire qui ne tombera que si elle perdure. Pour cela, nous avons également intérêt à ce que les relations entre collègues ne soient pas trop dégradées…&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Mais pour le reste ? Sommes-nous bien dans le même bateau ? Oui, si l’on veut. Seulement certain·e·s dans une confortable cabine. D’autres au turbin, dans les cales. Il existe un niveau, plus fin, où nos intérêts ne convergent plus du tout. Où, nécessairement, du conflit naîtra. Et c’est à ce niveau-là qu’il faut se placer si l’on ne veut pas se faire trop balader. Nous n’avons la main ni sur la façon dont le travail va être dirigé, ni sur la manière dont l’<a href="https://cracwork.wordpress.com/2024/02/16/a-comme-argent/">argent</a> sera dépensé, ni sur les forces dont nous disposerons pour produire. Il ne nous appartient pas de choisir comment la machine va tourner, seulement de la faire tourner. C’est précisément là que nous ne sommes pas toujours d’accord.&nbsp;</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Là, que va opérer la tentative de culpabiliser le groupe qui entend faire entendre sa voix : “<em>Comment ?! Vous oseriez briser la concorde en défendant des intérêts particuliers ? Affirmer qu’il existe des désirs divergents au sein de notre belle communauté ?</em>”. L’ironie de l’affaire, sa malhonnêteté première, c’est évidemment que celui qui cherche à culpabiliser le sait bien, qu’il en existe des intérêts &#8211; et des désirs &#8211; particuliers. Lui qui défend si ardemment les siens. En niant la possible différenciation (basée sur les intérêts matériels), iel défend la différenciation fondamentale, celle dont il croit tenir son pouvoir (quand il se prend vraiment pour le chef en tout cas) : certain·e·s sont faits pour diriger, d’autres pas. </p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Voilà que fait enfin retour la fin tronquée de la formule, le contenu latent qu’il convient de mettre au jour pour récupérer notre capacité d’agir : “<em>On est tous dans le même bateau… mais il n’appartient pas à n’importe qui de tenir la barre !</em>”.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ah, vraiment ?!</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Rédigé par Paul R.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Nourri des échanges avec Julia B., François D., François H., Laura M., Claudia K…</p>
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		<title>A comme Argent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[poumcrac]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Feb 2024 12:07:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Abécédaire des luttes]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>À tout seigneur, tout honneur&#160;: A comme «&#160;argent&#160;». Pour les «&#160;patrons&#160;», il est le signifiant-maître, celui qui soutient tous les autres. Il est l’infrastructure sur laquelle toute leur superstructure langagière s’appuie. Il est tout à la fois le point de départ et le point d’arrivée de toutes leurs pensées, de tous leurs discours, de toutes [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph">À tout seigneur, tout honneur&nbsp;: A comme «&nbsp;argent&nbsp;».</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Pour les «&nbsp;patrons&nbsp;», il est le signifiant-maître, celui qui soutient tous les autres. Il est l’infrastructure sur laquelle toute leur superstructure langagière s’appuie. Il est tout à la fois le point de départ et le point d’arrivée de toutes leurs pensées, de tous leurs discours, de toutes leurs actions. L’argent (A) sert à produire la marchandise (M) qu’ils échangeront contre de l’argent (A’), A’ étant supérieur à A. Une formule (A-M-A’&nbsp;; A’&gt;A)&nbsp;: leur monde.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Reste qu’en notre présence, une étonnante pudeur les rend souvent peu enclins à user de leur signifiant-maître. Ils ne pensent qu’à ça mais n’en parlent jamais. Ou, quand ils le font, c’est toujours à voix-basse, presque en s’excusant. Auraient-ils honte&nbsp;? Se pourrait-il qu’ils soient aux prises avec une <em>mauvaise conscience</em>&nbsp;? Peut-être même incarnons nous cette mauvaise conscience.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Il faut qu’ils se sentent acculés pour qu’enfin s’entende leur formule magique, celle censée faire disparaître toute contradiction, boucher tous les trous&nbsp;: «&nbsp;<em>il n’y a pas d’argent</em>&nbsp;»&nbsp;!</p>



<hr class="wp-block-separator has-alpha-channel-opacity" />



<p class="wp-block-paragraph">Voyons un cas clinique.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Mettons que vous négociez avec votre employeur pour que l’entreprise prenne désormais en charge les jours de carence que la Sécurité Sociale ne dédommage plus. Il ne vous répondra pas d’abord que ça coûte trop cher mais que «&nbsp;<em>ça pourrait faire appel d’air</em>&nbsp;»&nbsp;(sic) – il faut dire que les patrons, comme les politiques, ont le sens du vent. Surpris par l’indécente réponse, vous lui suggérez d’aller voir ce qu’il en est vraiment et <em>combien ça coûterait</em>. La question le démangeait mais il n’osait la poser, comme l’obsédé sexuel s’abstient de tout commentaire tendancieux par crainte d’être découvert.</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Vérification faite, le dédommagement des jours de carence ne coûterait pas si cher et, surprise, le voilà d’accord pour vous les accorder&nbsp;: «&nbsp;<em>Nous prenons très au sérieux la santé des salariés, c’est la raison pour laquelle…</em>&nbsp;». Mais, et les appels d’air&nbsp;?!</p>



<p class="has-text-align-justify wp-block-paragraph">Ce qui est curieux avec l’argent, c’est qu’alors qu’il n’y en a plus nulle part, on finit toujours par en trouver. Vous demander une hausse des salaires&nbsp;lors de vos négociations annuelles ? « C’est pas possible, y<em>apasdargent</em>&nbsp;». D’ailleurs, il n’y en a pas non plus pour la prime que la Direction s’était engagée à vous verser l’an dernier. Étonnamment, au bout du 1<sup>er</sup> jour de grève, on a trouvé de quoi verser une prime de 500€ à tout le monde – «&nbsp;mais pas davantage, <em>yapasdargent</em>&nbsp;». Au 8<sup>ème</sup> jour, la prime est passée à 1000€, mais vraiment, c’est le maximum. Finalement, elle sera de 1500€ en plus du dédommagement des jours de grève.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Yapasdargent</em>&nbsp;?</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Rédigé par François H.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph" style="font-size:16px">Avec le retour avisé des camarades.</p>
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