À tout seigneur, tout honneur : A comme « argent ».
Pour les « patrons », il est le signifiant-maître, celui qui soutient tous les autres. Il est l’infrastructure sur laquelle toute leur superstructure langagière s’appuie. Il est tout à la fois le point de départ et le point d’arrivée de toutes leurs pensées, de tous leurs discours, de toutes leurs actions. L’argent (A) sert à produire la marchandise (M) qu’ils échangeront contre de l’argent (A’), A’ étant supérieur à A. Une formule (A-M-A’ ; A’>A) : leur monde.
Reste qu’en notre présence, une étonnante pudeur les rend souvent peu enclins à user de leur signifiant-maître. Ils ne pensent qu’à ça mais n’en parlent jamais. Ou, quand ils le font, c’est toujours à voix-basse, presque en s’excusant. Auraient-ils honte ? Se pourrait-il qu’ils soient aux prises avec une mauvaise conscience ? Peut-être même incarnons nous cette mauvaise conscience.
Il faut qu’ils se sentent acculés pour qu’enfin s’entende leur formule magique, celle censée faire disparaître toute contradiction, boucher tous les trous : « il n’y a pas d’argent » !
Voyons un cas clinique.
Mettons que vous négociez avec votre employeur pour que l’entreprise prenne désormais en charge les jours de carence que la Sécurité Sociale ne dédommage plus. Il ne vous répondra pas d’abord que ça coûte trop cher mais que « ça pourrait faire appel d’air » (sic) – il faut dire que les patrons, comme les politiques, ont le sens du vent. Surpris par l’indécente réponse, vous lui suggérez d’aller voir ce qu’il en est vraiment et combien ça coûterait. La question le démangeait mais il n’osait la poser, comme l’obsédé sexuel s’abstient de tout commentaire tendancieux par crainte d’être découvert.
Vérification faite, le dédommagement des jours de carence ne coûterait pas si cher et, surprise, le voilà d’accord pour vous les accorder : « Nous prenons très au sérieux la santé des salariés, c’est la raison pour laquelle… ». Mais, et les appels d’air ?!
Ce qui est curieux avec l’argent, c’est qu’alors qu’il n’y en a plus nulle part, on finit toujours par en trouver. Vous demander une hausse des salaires lors de vos négociations annuelles ? « C’est pas possible, yapasdargent ». D’ailleurs, il n’y en a pas non plus pour la prime que la Direction s’était engagée à vous verser l’an dernier. Étonnamment, au bout du 1er jour de grève, on a trouvé de quoi verser une prime de 500€ à tout le monde – « mais pas davantage, yapasdargent ». Au 8ème jour, la prime est passée à 1000€, mais vraiment, c’est le maximum. Finalement, elle sera de 1500€ en plus du dédommagement des jours de grève.
Yapasdargent ?
Rédigé par François H.
Avec le retour avisé des camarades.
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